Algérie : Épouvante à Hassi Messaoud (L'Humanité)

Publié le par hassi-messaoud.over-blog.com

Des femmes seules ont été agressées, violées et mutilées par des islamistes.

À Hassi Messaoud, il n’y a pas que le pétrole qui coule. L’intégrisme islamiste a refait son apparition. Dans la nuit du vendredi 13, aux environs de 22 heures, au samedi 14 juillet, 300 individus habitant le quartier Bouamama s’en sont pris avec une rare férocité à des femmes vivant seules dans des habitations vétustes dans le lieu-dit " Haïcha ". Aux cris de " Allah ou akbar ", les assaillants n’ont pas lésiné sur les moyens : viol collectif, agressions à l’arme blanche et au gourdin, faisant une vingtaine de blessées dont six dans un état jugé très sérieux. Certaines ont été tout simplement mutilées au corps et au visage. D’autres traînées nues dans la rue sous le regard épouvanté des riverains habitant une cité voisine de ce quartier déshérité. " J’ai appelé la police mais elle n’est arrivée que vers 3 heures du matin, soit plus de cinq heures après le début de l’agression ", raconte un témoin dans le journal Liberté. Cette punition en règle a donc duré jusqu’à 3 heures du matin avant que la police n’intervienne.

 

À l’origine de cette expédition, un imam islamiste, Amar Taleb, qui lors de la grande prière du vendredi à la mosquée de la ville a prononcé un prêche virulent contre ces femmes au comportement " immoral ", a appelé les habitants " à chasser les fornicatrices de leur quartier ". Fanatisés, les assaillants ont alors décidé de punir au nom de Dieu ces femmes, dont le seul crime est de vivre seules à Hassi Messaoud. En réalité, elles viennent des régions du nord de l’Algérie, travaillent comme femmes de ménage dans les entreprises pétrolières étrangères de la région et, de fait, elles sont accusées de prostitution. Dimanche matin, ces fanatiques ont tenté de s’attaquer aux domiciles d’une propriétaire d’un salon de coiffure et de deux femmes divorcées. Mais cette fois-ci, la police est intervenue pour les en empêcher. Le préfet de Ouargla, arrivé sur les lieux, a pris des mesures : 95 femmes ont été logées dans l’auberge de jeunesse sous surveillance policière. L’imam a été interpellé ainsi que plusieurs agresseurs.

 

Cette agression nocturne est symptomatique du climat d’intolérance provoqué par un certain discours officiel du pouvoir. Le président Bouteflika, sans doute pour faire oublier son échec politique, s’était illustré par des propos moralisateurs, demandant notamment aux femmes de cesser de fumer en public ou de mettre des tenues qui ne choqueraient pas les " repentis " (islamistes qui ont déposé les armes). Ces derniers, qui en réalité ne sont jamais repentis de leurs crimes, ont repris du service dans certaines localités algériennes, reconstituent les réseaux de l’ex-FIS, se lançant dans des campagnes d’intimidation à l’endroit de ceux qui n’observent pas les préceptes islamiques. " On se croirait revenu en 1990-1991 ", assure un témoin du drame. Il n’en reste pas moins évident que le pouvoir politique, si prompt à dénoncer le " complot ourdi " s’agissant de la Kabylie, observe sur cette affaire un silence éloquent.

 

Hassane Zerrouky

L'Humanité, 18 juillet 2001

Publié dans Articles 2001

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