Algérie « Il faut amplifier la mobilisation » (L'Humanité)

Publié le par Yann

Soad Baba-Aïssa, coordinatrice de l’initiative féministe européenne.

 

Comment réagissez-vous aux exactions subies par les femmes de Hassi Messaoud  ?

Soad Baba-Aïssa. Nous sommes révoltées que des femmes puissent être lynchées sans que cela ne suscite de réaction de la part du gouvernement algérien. Malgré les dépôts de plaintes au commissariat, la police s’est figée dans une inertie totale. Les plaintes sont classées sans suite. Aucune mesure n’est prise pour juguler le climat de violence. Dans cette zone sous haute protection, cela signifie-t-il qu’aux yeux des pouvoirs publics, la sécurité des bases pétrolières est plus précieuse que les vies humaines  ?

 

Comment expliquez-vous cette situation  ?

Soad Baba-Aïssa. Elle est le corollaire de toutes les dérives scandaleusement baptisées «  concorde civile  » ou «  réconciliation nationale  », mais qui, en fait, au nom de «  l’amnistie nationale  », banalisent le crime, le viol, le kidnapping, et menacent l’avenir de l’Algérie sur l’autel du compromis avec l’islamisme politique. Ces dispositifs n’ont pas rendu justice, en tout cas pas aux survivantes de Hassi Messaoud qui avaient échappé aux exactions de l’été 2001. Au contraire, ce sont elles qui doivent se cacher, se taire ou se résoudre à la fuite.

 

Que faire contre ces violences sexistes  ?

Soad Baba-Aïssa. Ces événements mettent une nouvelle fois à l’ordre du jour la nécessité d’abroger le Code de la famille qui ravale les femmes au statut de sous-citoyennes et cultive l’obscurantisme. Notre association appelle à élargir la mobilisation pour soutenir ces victimes et exiger une protection immédiate afin d’assurer leur intégrité physique et leur droit au travail.

 

Entretien réalisé par Mina Kaci

L'Humanité, 17 avril 2010

Publié dans Articles 2010

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