Droit de suite. Le cri des femmes lynchées de Hassi Messaoud (La Croix)

Publié le par Yann

Comme il y a neuf ans, des groupes d’hommes de la grande cité pétrolière du sud de l’Algérie agressent violemment les femmes seules.

 

Hassi Messaoud, la grande cité pétrolière du sud algérien, est à nouveau en plein cauchemar. Le 13 juillet 2001, une cinquantaine de femmes avaient subi les pires préjudices de la part de bandes d’hommes, jeunes et moins jeunes, des islamistes, des voyous, des hommes esseulés en quête de femmes : elles avaient été battues, torturées, violées, enterrées vives, laissées pour mortes ou gravement blessées à la nuit tombée (1).

Neuf ans après, et depuis deux semaines, le lynchage des femmes de Hassi Messaoud a recommencé aux mêmes heures. La nuit. Comme il y a neuf ans, des petites bandes d’hommes ont défoncé les portes des maisons du quartier des « 36 logements », de celui des « 40 logements » et de l’immense bidonville en plein cœur de la ville, surnommé El-Haïcha, « la bête immonde ». Là où vivaient des femmes seules.

« Ils nous avaient surveillées, épiées », a raconté Fatma, 27 ans, dans un reportage publié en début de semaine dans l’influent quotidien francophone El Watan. Cette orpheline de père travaille depuis cinq ans à Hassi Messaoud pour nourrir ses sept frères et sœurs, et vit dans un petit deux-pièces. Jeudi dernier, et selon le même scénario qu’en 2001, cinq à six hommes encagoulés, armés de couteaux, de sabres, de haches de bouchers et de barres métalliques, ont donné des coups dans la porte d’entrée, l’ont fait céder. Ils paraissaient pour certains drogués, pour d’autres ivres. « Ils se sont jetés sur moi, m’ont volé une bague, qui n’était même pas en or, arraché mon téléphone portable, une petite chaîne hi-fi et même une cafetière électrique… Comme je me suis débattue, ils m’ont fait une entaille dans le dos », raconte-t-elle.

La scène s’est répétée de multiples fois dans la ville. Certaines femmes ont eu moins de chance que Fatma. L’une d’entre elles a été brûlée vive. Leur seul tort est d’avoir cherché du travail et de l’avoir trouvé dans cette ville pétrolière peuplée essentiellement d’hommes avec la certitude qu’elles seraient payées, qu’elles auraient un vrai salaire. La majorité des femmes de Hassi Messaoud sont employées comme femmes de ménage ou filles de salle par les nombreuses sociétés étrangères. Mais comme en 2001, ces sociétés pétrolières françaises, italiennes, espagnoles, américaines ou russes restent silencieuses.

Hassi Messaoud est la ville la mieux sécurisée d’Algérie pour les étrangers mais pas pour sa population. Aujourd’hui, et c’est nouveau par rapport à 2001, les policiers sur place ont baissé les bras. Ils ne prennent pas les dépositions et les plaintes des femmes par crainte d’être tenus d’aller au tribunal et d’être reconnus par les voleurs-violeurs. Gare alors aux représailles. « Nous en appelons au président Abdelaziz Bouteflika : président, sauvez les femmes d’Hassi Messaoud ! Écoutez leurs cris ! », clame Nadia Kaci, comédienne, qui a prêté sa plume à deux survivantes, et publié leur témoignage bouleversant sur la tragédie de 2001 (2).

 

 

La Croix, 14 avril 2010

 

(1) Voir La Croix du 9 mars.(2) Laissées pour mortes. Le lynchage des femmes d’Hassi Messaoud, de Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura. éd. Max Milo. 18 €.

Publié dans Articles 2010

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