Montpellier. « Briser le silence sur le lynchage des femmes » (Midi Libre)

Publié le par Yann

ENTRETIEN : L'actrice Nadia Kaci, porte-voix des victimes d'Hassi Messaoud

 

Nadia-Kaci.jpgBriser le silence. Nadia Kaci le fait. Neuf ans après le drame d'Hassi Messaoud, cette ville pétrolifère du sud de l'Algérie où, à la suite d'un prêche de l'imam, cinq cents hommes ont agressé, torturé et violé cent cinq femmes trop libérées à leur goût (elles avaient un emploi !), la comédienne algérienne, qui vit à Paris, a recueilli la parole de rescapées « contactées par téléphone puis rencontrées chez elles, plusieurs fois, longuement ».

 

Le livre Laissées pour mortes, publié aux éditions Max-Milo (255 pages, 18 €), est terrifiant. Et d'autant plus que « les exactions contre les femmes continuent. En toute impunité, lance de vive voix Nadia Kaci, qui dénonce le code de la famille. Institué en 1984, il décrète la femme mineure à vie - sous la tutelle de son père, elle doit ensuite obéissance à son mari, qui peut la répudier à n'importe quel moment. Or, quand l'homme se rend compte qu'il a tout pouvoir sur sa partenaire, il en profite. D'autant plus que, depuis 2000, la Concorde nationale impose aux victimes de pardonner leurs tortionnaires. Cette amnésie obligée est un message fort à une société où les institutions sont les premières à dénigrer les filles.

 

Comment, alors, dans les familles, prendre conscience de la discrimination ? » En colère, Nadia Kaci dit aussi son désarroi : « On lynche des femmes pas loin d'ici. Pour l'Algérie, c'est une affaire d'État. Mais elle concerne la France aussi directement. Le sang a coulé aux portes des multinationales mais ni les syndicats ni les patrons n'ont protégé ces employées. Et la presse internationale s'est tue. » Un « oubli intentionnel que Nadia Kaci compare à la situation des banlieues françaises, où on a parqué les gens dans des tours de béton en leur ôtant toute identité culturelle. Maintenant, on s'étonne de la montée de l'intégrisme ; de l'activisme politique d'extrémistes ? Mais c'est le retour du boomrang ! »

 

L'auteur sera à Sauramps puis salle des Rencontres, mardi prochain, à 17 h 30. Et, à 20 h 30, sur scène pour "Les monologues du vagin".

 

C.-S. F.

Midi Libre, 21 avril 2010

 

Publié dans Articles 2010

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