Ne pas accepter l'inacceptable (La Marseillaise)

Publié le par Yann

Maudites sont les femmes seules qui travaillent à Hassi Messaoud. Cette ville du sud algérien est une des villes les plus sécurisées qui soit en Algérie, elle y rassemble champs pétrolifères et compagnies internationales exploitant le gaz et le pétrole. En juillet 2001 un premier massacre eut lieu suite au prêche d’un imam (toujours en poste dans une mosquée plus grande) qui voyaient les exilées des différentes wilayas du pays comme des prostituées. Eh bien même ! Le fussent-elles, cela méritait-il d’être violées, torturées, enterrées vivantes ? Quant à leurs bourreaux devaient-ils être traités pour cette raison par les juges avec tant de magnanimité et considérer ces crimes comme un banal fait divers ?

 

Et, voilà que depuis mars 2010, cela recommence avec de nouvelles attaques organisées avec la même volonté de terroriser, de dégrader, d’humilier. Toujours cette même répétition macabre où les criminels regroupés de nuit, encagoulés visent les femmes isolées et sans défense. Mêmes lâcheté et cynisme des agresseurs dont les actes n’ont pour but, suivant les propos d’un collectif d’associations algériennes réunies en Comité de soutien, que « de créer la terreur pour dissuader toutes les femmes d’exercer librement leur droit au travail où que ce soit sur le territoire national et de les punir parce qu’elles vivent seules ».

 

Mais qui sont ces malheureuses victimes ? Pour la plupart des veuves, des répudiées, des divorcées qui ont fuit la violence conjugale. Elles viennent à Hassi à la recherche d’un job comme on va vers un Eldorado. Dans cette ville le travail ne manque pas dans les Compagnies françaises et américaines pour des heures à faire dans la restauration ou le nettoyage. En tout cas, des postes précaires qui permettent tout juste à ces malheureuses de subvenir aux besoins de leurs enfants et de leur famille. Malgré la peur qui les tenaillait, elles ont porté plainte et demandé protection à la police. Une fois de plus, comme en 2001, les policiers ont fait des tentatives d’intimidation et même de provocation : « qui te dit que cette nuit je n’étais pas un de ces cagoulés ! » Pourquoi ce laxisme de la police, cette inertie des autorités compétentes ? Y compris le déni de certaines associations d’Hassi Messaoud dont le «Club sportif pour femmes championnes du Sud, haltérophilie et culturisme» ( !), qui accuse le quotidien Al Watan* de faire de son information une « opération de déstabilisation » et même de « propagation de l’anarchie et de la terreur ». Ce comité (d’intimidation ?) d’Hassi Messaoud n’ayant pas peur du ridicule exige du journal des excuses publiques. On est aussi en droit de s’étonner du silence assourdissant des Compagnies d’hydrocarbures employant ces victimes : aucun soutien moral, médical, aucune protestation faites aux autorités pour exiger qu’une enquête soit diligentée et les auteurs punis. Pourquoi ces multinationales n’assurent plus, comme par le passé, la sécurité de leurs employées en les logeant à l’intérieur de bases de vie ?

 

Quelle est la véritable volonté politique de l’Etat Algérien en matière d’égalité entre les hommes et les femmes ? D’une part, une constitution qui stipule l’égalité des citoyens devant la loi (article 29 du chapitre IV). D’autre part, le code de la famille (instauré en 1984) dit que la femme est une mineure à vie. Cette schizophrénie institutionnelle contribue à légitimer la misogynie et le sexisme et favorise toutes les inégalités. De plus la loi sur la concorde civile promulguée en 2000 permet de mieux nourrir la violence et l’intégrisme puisque les auteurs des massacres ont été amnistiés alors qu’au contraire les victimes sont devenues hors la loi en les nommant. Aucun être humain ne peut accepter l’inacceptable c’est-à-dire l’injustice érigée en système. C’est à ce titre que les « comités de soutien aux femmes de Hassi Messaoud » tant algérien qu’européen dénoncent et protestent contre ce genre de mentalité patriarcale d’un autre temps.

 

* Journal Algérien de langue française ayant dénoncé ces exactions sous la plume de Salima Tlemçani.

· Voir blog : hassi-messaoud.over-blog.com

 

Judith Martin-Razi

La Marseillaise, 28 avril 2010.

(Chronique Regards de femmes)

Publié dans Articles 2010

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