Pour l'honneur de la région (Le Temps d'Algérie)

Publié le par Yann

On ne sait pas vraiment qui ils sont, puisqu'ils se sont exprimés dans le plus courageux anonymat, mais on sait qu'ils se sont autoproclamés «notables de la région de Ouargla» et ils l'ont écrit dans une déclaration envoyée récemment aux autorités, à la… presse et assez largement diffusée aux habitants de Hassi Messaoud.

 

Que dit ce «tract» ? Toute l'indignation des «notables» et donc certainement de toute la population de la région «souillée» par des écrits de presse relatant de «prétendues agressions contre des femmes et de prétendus vols de leurs biens».

Revenons sur les faits. Un quotidien national a publié récemment un reportage sur des femmes de Hassi Messaoud, souvent seules ou avec des enfants en bas âge qui, en plus de vivre dans une pénible précarité sociale, se font régulièrement agresser par des groupes de jeunes où se mêlent également l'arrière-pensée de rédemption morale et l'action criminelle de l'agression physique et de vol.

 

Evidemment, la journaliste qui a relaté les faits ne pouvait logiquement pas manquer de faire le lien avec ce qui s'était passé il y a maintenant près d'une décennie dans la même ville, plus exactement dans le quartier d'El Haicha où des dizaines de femmes, vraisemblablement de même condition, avaient fait l'objet d'un vrai lynchage dont elles portent encore les traumatismes.

A l'époque, les auteurs de ces agressions avaient été arrêtés et condamnés dans une succession de procès dont on aura tout dit quant à leur équité.

 

L'agression n'a peut-être pas été punie avec la sévérité qu'auraient pu mériter sa gravité et sa flagrance, mais on ne refait pas l'histoire, même si elle est encore toute fraîche.

Le problème est qu'elle recommence apparemment. Et les «notables» de Ouargla, gardiens intrépides de la «réputation» de «leur» région ont quand même le mérite de la franchise : ils ne contestent même pas les faits qu'ils n'ont à aucun moment tenté de démentir et c'est le fait d'en parler qui soulève leur courroux, poussé au paroxysme par le fait que les «allégations» parviennent jusqu'aux médias… français qui les exploitent de manière «malveillante».

Les «notables» ne s'arrêteront pas en si bon chemin dans leur franchise, puisqu'ils considèrent que ce nouvel épisode dans «l'entreprise d'avilissement de la région connue pour son conservatisme» n'est qu'un remake de «l'affaire El Haicha et les prétendues agressions contre les femmes en 2001» !

 

Pourtant, à l'époque, des femmes ont bien été blessées et hospitalisées, des hommes ont été arrêtés, des procès ont été tenus à Ouargla, puis à Biskra et des coupables ont été condamnés.

Ils en appellent aux autorités, mais ils ne disent pas pour quoi faire. Et ils ont raison, parce que si c'est pour l'éclatement de la vérité, les «notables» la connaissent manifestement puisque c'est un «remake» de ce qui s'est passé il y a neuf ans. Pour que ça ne se sache pas, alors ? Probablement, mais ça va être terriblement difficile.

 

laouarisliman@gmail.com

Le Temps d'Algérie, 18 avril 2010

 


 

"L'agression n'a peut-être pas été punie avec la sévérité qu'auraient pu mériter sa gravité"... "Peut être" ??! Comment ne pas relever l'euphémisme de l'article ? Les peines ont en effet été ridicules au regard des faits et du nombre des protagonistes. Rappelons en outre que seuls trois des personnes condamnées auraient purgé réellement leur peine. 

 

En continuant à rester dans le déni, ces notables qui tiennent tant à la réputation de leur ville, ne font que ternir l'image de leur région, déjà devenue pour beaucoup à l'international, synonyme de barbarie.

 

Publié dans Articles 2010

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

baker 23/04/2010 12:23


bonjour à toutes celles qui ont été battues par un homme, violentées. je l'ai été pendant 13 ans , ici en france. Pourtant, j'ai su faire la différence entre cet homme et ses propres loies et celle
de dieu qui me donne tous mes droits . Mais les hommes et en général les arabes sont trop faibles et devant la force des femmes , ils ne peuvent qu'utiliser la violence au nom de l'islam . Ne
mélanger jamais les machos et l'islam. Ce sont deux choses différentes . Je suis françaises donc une pute . Pourtant, c'est faux. Mais les gens sont comme ça . Ils aiment les amalgames . Battez
vous contre les hommes mais pas contre une religion qui est l'égalité absolu envers les femmes. C'est ce qui énerve les machos de tous les pays .


Yann 23/04/2010 13:03



bonjour et merci pour votre soutien. Il n'est pas question ici d'amalgame, même si effectivement tout est parti d'un prêche et que les femmes ont été torturées sous les cris de "Allahou akbar".
C'est un fait. La religion n'est pas l'ennemie, tant qu'elle n'est pas imposée. Mais les femmes savent aussi le danger mortel à ce que l'on mêle politique et religion.


Il n'est pas davantage question non plus de "se battre contre les
hommes en général" comme vous le suggérez, ce qui pourrait procéder d'un nouvel
amalgame. Du reste, les victimes nous ont raconté que les femmes de la ville
n'étaient guère plus solidaires. Elles poussaient des youyous comme à un
mariage pendant qu'elles se faisaient violer et torturer. Reste que les agresseurs étaient tous et uniquement des hommes.

Plus que les hommes en général ou une religion, c'est ce mépris institutionnalisé jusque dans le Code de la famille qu'il faut, je pense, combattre, en évitant justement d'essentialiser le genre
ou la religion.



dan29000 20/04/2010 16:08


nous avions aussi prévu de faire un article sur le livre :

LAISSEES POUR MORTES
mais l'éditeur MAX MILO refuse de nous le faire parvenir, c'est bien dommage d'avoir une telle réaction... Bravo pour votre blog très bien fait...
Je vais rajouter unlien vers lui dans notre article...
Dan29000